Intelligence artificielle et rédaction émotionnelle : cohabiter sans se perdre

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Je ne vous apprend rien, on en parle partout. Sur LinkedIn où votre boss vous demande de poster, dans les podcasts que vous écoutez en courant, et même aux repas de famille ou l’IA est sans détour qualifiée de « bluffante ». Entrée dans nos vies de créateurs de contenu avec la discrétion d’un éléphant dans un magasin de porcelaine bien sûr, l’intelligence artificielle a radicalement changé la perception du métier de rédacteur (et de bien d’autres) et la façon de l’exercer.

J’utilise l’IA, en fait, les LLMs (les, parce que chacun ses tâches). Si, deux ans en arrière je vous aurais volontiers dit sans broncher « jamais au grand jamais ! », je suis plus mesurée aujourd’hui et surtout, j’ai appris à mettre de côté le mot « jamais » et son caractère irréversible.

Sommaire


L’IA : de quoi parle-t-on ?

En rédaction web, quand on parle « d’IA », on parle essentiellement de modèles de langage ; des outils capables de générer du texte rapidement en s’appuyant sur les milliards de données existantes. ChatGPT, Claude, Gemini, Mistral… quel que soit votre petit préféré, chaque semaine apporte son lot de nouvelles fonctionnalités.

C’est fascinant, techniquement parlant. Mais c’est aussi fondamentalement différent de ce que réalise un humain quand il écrit. Parce quand j’écris, je me souviens, je convoque et je ressens. C’est du vécu, et c’est précieux.

Ce que l’IA fait bien (soyons honnêtes)

Je pourrais vous dire que l’IA, c’est le mal absolu. Ce serait confortable et cohérent avec mon statut, mais ce serait aussi vous partager un point de vue biaiser et, potentiellement, me voiler la face. L’IA est parfaitement efficace pour gérer des tâches parfaitement délimitées (et je n’aborde ici que le domaine de la rédaction/du référencement, l’intelligence artificielle accompli par ailleurs des prouesses notamment en matière de sciences et de médecine) :

  • La structure et le plan. Une idée un peu floue mais que vous avez envie de traiter ? L’IA peut lui donner une colonne vertébrale en quelques secondes. Un plan, une liste de sous-questions, un fil conducteur. Vous n’êtes pas obligé(e) de les utiliser, mais ils vous aident à remettre en ordre votre pensée.
  • La reformulation. Là, c’est vraiment magique, une phrase bancale, un paragraphe qui n’aboutit pas où vous le souhaitez ? Votre modèle de langage vous propose des alternatives sans délai
  • Les textes fonctionnels répétitifs comme les fiches produits standardisées, les descriptions techniques, les métadonnées… et plus largement toutes les productions écrites qui ne requiert aucune créativité, peuvent parfaitement être confiées à une IA générative, sans regret.
  • La recherche préliminaire. Attention, ici l’idée n’est pas d’utiliser les réponses fournies par l’outil (les IA hallucinent parfois), mais bien de lui demander de trouver et trier des sources fiables sur lesquelles vous pourrez ensuite vous appuyer pour travailler.

En rédaction web, l’IA peut vous aider à préparer un brief, à générer des idées de titres, ou à vérifier que vous n’avez pas oublié un angle évident. C’est un outil de préparation et de finalisation. En aucun cas pour moi, de création.

Mon usage des LLMs : planifier, organiser, sourcer

llm - comment j'utilise les modèles de langages
llm

J’utilise donc les modèles génératifs (Claude pour tout vous dire) ponctuellement, pour des tâches précises : planifier un calendrier éditorial, organiser des idées en vrac, chercher plus vite des sources ou des données statistiques sur un sujet.

Concrètement, il s’agit d’optimiser le travail préparatoire en amont de la rédaction. Je lui pose des questions, je lui demande de structurer, de lister, de trier. Et ensuite j’écris. Avec mes mots (ou ceux de mes clients), mon rythme, ma musicalité et ma façon parfois atypique de tourner les phrases.

Parce que l’IA autonome digresse, arrange les détails, invente aussi. Très vite, elle comble les blancs et ajoute des certitudes à la place des nuances (pour donner une réponse). Ce comportement a un nom, l’hallucination, et il est bien documenté, notamment par Anthropic, mais aussi par Google Deep Mind ou encore par l’Université de Stanford HAI, lesquels attestent que les LLMs sont structurellement conçus pour toujours produire une réponse, coûte que coûte.

Je ne sais pas si on peut parler de défaut, peut-être plutôt de limite qui peut faire beaucoup de dégâts dans un texte et même porter préjudice à votre crédibilité, et dont il est donc indispensable d’avoir conscience.

Note à vous-même : si vous confiez votre « à propos » à une IA sans relecture approfondie, vous risquez de vous retrouver avec un texte qui coche toutes les cases de votre CV, mais qui n’est pas juste.

Ce que l’IA n’a pas : la présence, la vérité, l’émotion

Claude, même s’il est doté d’un prénom, ne risque pas de sonner à votre porte pour un brainstorming autour d’un café. Il ne peut pas vous observer pétrir la pâte, poncez le bois ou assembler les fleurs d’un bouquet de mariage. Il ne capte pas la sensation du soleil derrière le rideau voile, ni remarquer ce geste inconscient que vous faites depuis trente ans et qui dit tout de la personne que vous êtes.

Il ne peut pas entendre ce que vous ne dites pas et peut uniquement se souvenir de que vous voudrez lui dire, et non de ce qu’un humain, à sa place, pourra ressentir.

La rédaction émotionnelle ne cherche pas écrire des textes qui vous font pleurer, mais plutôt à écrire la vérité, celle qui touche, le coeur notamment, mais aussi les souvenirs et le vécu. Par cette vérité qui se collecte et ne se génère pas.

En rédaction web, un texte dont on se souvient, ne ressemble pas aux autres. Il possède un grain, une aspérité, quelque chose d’un peu inattendu qui vous pousse à le lire jusqu’au bout. Difficile d’obtenir

L’écho infini : quand les contenus et les styles se copient eux-même

Un écho, comme une onde qui se propage indéfiniment.
contenus echo

Je lis beaucoup. Des romans, des articles, des essais, les travaux scolaires de ma fille… C’est mon métier, je lis autant que j’écris ou presque, et depuis que l’IA générative s’est démocratisée, je remarque quelque chose qui me dérange et m’attriste, tout spécialement dans les contenus en ligne.

Une uniformisation du ton, de la façon d’aborder les sujets, des structures, des conclusions… Ce n’est pas que c’est mauvais, la production est bonne et toujours structurée. De nombreux étudiants s’en contentent d’ailleurs. Le problème est qu’elle est interchangeable, que cela gomme les avis et les particularités des rédacteurs/éditeurs (professionnels ou non) qui choisissent la génération de contenus plutôt que la rédaction.

Et comme l’IA apprend des contenus existants pour en générer de nouveaux, de l’autre côté de l’écran, côté lecteur, le risque est à minima l’ennui, ou pire, la mauvaise information ou le manque d’information. Tandis que ces nouveaux contenus alimentent à leur tour de nouvelles bases de données, et ainsi de suite en boucle, un écho infini se crée, où chaque texte ressemble un peu plus au précédent, où les aspérités s’effacent, où les voix singulières s’invisibilisent et se fondent dans une sorte de bouillie éditoriale polie.

Selon moi, c’est le risque le plus sérieux de l’IA appliquée au contenu ; non pas la suppression des emplois, ni les hallucinations, mais cette lente homogénéisation de la façon dont nous racontons notre monde aux jeunes générations et à ceux qui ne perçoivent pas à nos côtés.

Un internet où tout le monde évoque les mêmes sujets en utilisant les mêmes mots est un internet qui a perdu sa valeur première : celle de la diversité et de la liberté d’expression.

Efficacité vs émotion en rédaction, où est la vraie frontière ?

L’efficacité, c’est produire beaucoup, vite, à moindre coût. L’IA excelle à ça. Et dans un monde où il faut toujours faire plus et où les algorithmes récompensent la fréquence, c’est une proposition séduisante et donc, efficace. Mais voilà, l’efficacité ne vibrer personne (sauf peut-être les actionnaires, et encore, je n’appelle pas ça vibrer).

Ce qui vous fait revenir lire un blog, partager un article, enregistrer une newsletter…, c’est que vous y avez trouvé l’inattendu, ou l’élément qui résonne avec votre vécu : une formulation, un sentiment, une anecdote, un prise de position… Tout ce qui provoque les émotions humaines.

Je suis certaine que les contenus (et les créateurs) qui survivront à la vague de l’IA générative seront ceux qui portent une vraie signature humaine, de celle que l’on ressent de l’autre côté de l’écran. Parce qu’en tant que lecteurs, vous faites, je fais la différence.

En rédaction web, posez-vous cette question simple : si vous lisiez ce texte sans savoir qui l’a écrit, est-ce que vous pourriez deviner ? (J’espère de tout coeur que la réponse n’est pas non.)

Entre progrès techniques et amour des mots, Comment cohabiter sans se trahir ?

Je ne m’oppose pas aux LLMs, je prêche pour l’honnêteté, avec vous et avec moi-même. Je planifie, j’organise, je chercher plus vite grâce à eux. Mais je n’écris pas avec eux, parce que ce n’est pas ce que je vends. Depuis toujours, Webplume vend un regard, une présence, une loyauté, une certaine poésie et une confiance dans la durée.

Quand je vous écoute, quand je vous observe, quand nous échangeons, quand nous peaufinons le dernier petit mot de votre article, nous sommes ensemble et cela vaut toute la productivité du monde.

Cohabiter avec l’IA sans se perdre, c’est savoir exactement où elle s’arrête et où vous commencez. C’est lui confier les tâches ingrates (ben oui Claudie, je suis désolée) la structure, la recherche, le plan, et enrichir du temps gagné le ton, l’expérience, l’angle et le vocabulaire utilisé.

Pour aller plus loin avec Webplume

Vous voulez retrouver les racines de vos propres textes ? Découvrez L’œil de la Plume, mon audit éditorial express en 48h. Si vous n’écrivez pas, confiez-moi votre biographie d’entreprise et le blog de votre site internet. Enfin, Le Mot et l’Instant s’adresse aux artisans qui souhaitent être racontés autrement.

par Webplume

Pauline Dewinter – Rédactrice web senior & Consultante éditoriale

Rédaction web SEO & Communication, j'installe en 2011, ma petite entreprise au milieu des animaux et des champs, en Haute-Marne.
Spécialisée en rédaction de contenus délicats et réconfortants (mon fameux Comfort Content), je vous aide à trouver les mots qui définissent et subliment votre entreprise.
La joie d'écrire, la transmission, le partage, la poésie et les émotions sont mes amis.

Pour en savoir plus contactez-moi ! Bonne humeur, loyauté et réactivité font partie de mes principales qualités.

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